La marche funèbre

par chloecharpentier

Visages panachés de courage
ils sont rassemblés indistinctement comme un troupeau de vaches
derrière leur berger
un vieux char déconfit qui traîne ses héros
avec des hauts-parleurs sourds

Rouges, oranges, verts
toutes les couleurs d’un crépuscule dans le cortège
peut-être encore le gris des rues a-t-il sali leurs ombres

Alors Hélios grimpe sur son char
et harangue sa meute
son discours est hésitant sa lèvre balbutie
on ne l’entend guère on lit plutôt
sur des feuilles à se torcher
le jargon des penseurs du dimanche

Si l’esprit est assez brave
s’il arrive à suivre le crépitement des chansons populaires
la marche prend son cours
lent et cadencé par une indiscutable inégalité
de danse boiteuse

La cloche qui pend à leur cou
est un sifflet ou une corne de chasse
ébruiter, ébruiter la vague
on s’échauffe au hasard pour cette course veule

Puis comme on a marché
et que les pieds sont chauds comme la tête est droite
le moment le bon moment est venu
un chant en chœur s’élance c’est le non
le non de l’héroïsme
le goitre tendu comme une cornemuse
non répètent-ils
non incessamment
ils arrachent à l’ennemi leur dernière fierté
de ce hoquet qui tarde
et la vague est suspendue ainsi
dans le crissement du non
au milieu de la place du marché

Au cœur du défilé une larme vous vient
tout est là
un et beau
et vous aussi vous êtes la belle unité
vêtu du même masque derrière le même fanion
prêt depuis longtemps pour la énième révolution

Le char est fier il y retourne
le ciel s’embrase
les gens s’arrêtent à la fenêtre
des journalistes passent
demain ce sera vous dans la rubrique locale
peut-être bien, peut-être bien…

Le devoir est fait
le geste était noble
et si une voix vous raille
c’est une secousse grotesque
elle oublie que rien n’est si utile
que l’inutilité même
et que l’acte était beau d’être si impuissant.

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