Rien dedans ne vit

par chloecharpentier

sheeta

Image de Faustine Herrero

 

 

 

Les animaux ne connaissent pas les secrets des hommes
que les hommes eux-mêmes connaissent de moins en moins
éloignés des secrets par d’énormes machines

Culte de Gaïa dans les mâchoires du tracteur
pas d’homme pas de bœufs pas de charrue
ils retournent la terre comme un coupable pendu par le pied

Dans tes mains une motte de terre
tendue vers le Grand Jour
fœtus de déesse
avorté – rien dedans ne vit –
ni insecte ni germe que le silence

Devant toi des centaines d’hectares
et combien d’autres encore vidés de toute vie

Une terre morte
au cœur artificiel
aux poumons artificiels
au ventre artificiel
au sang artificiel
et cætera – rien dedans ne vit –

Ô lois calendaires soumises au rythme des saisons
éternuement des dieux qui font pousser les blés
sucs divins qui se déversent sur les graines
chaleur et pluie qui concilient les bouches de leurs enfants
ô beautés qui toujours reviennent
abattues dans la paix bureaucratique qui n’écoute que le cliquetis des décisions ministérielles
dieux conventionnés dans la pénombre de l’Europe
paysans abrutis ou éventreurs de champs
vivotant au bout de douze heures de travail à tournoyer sur des kilomètres carrés

 

 
Les vaches se repaissent de blés trop jeunes
et leurs ventres deviennent des alambics prêts à tout faire sauter
une percée miraculeuse – un pieu dans l’estomac un hublot robotique au milieu de la panse –
et les voilà rendues aux armes européennes

Elles meuglent au-devant des hommes un cri plaintif
elles qui n’auront jamais dans les hommes
trente millions d’amis
mais trente millions de tortionnaires
plus âpres que les Schutzstaffel
leur plantant dans le ventre un four à horreurs
des antibiotiques et des vitamines à leur faire tenir le coup

in Acheminement du cygne et du singe

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